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Alors ce deuxième?

Alors ce deuxième?

Dans la série "Freddy et les griffes de la nuit", "Freddy tue tous tes amis", "Freddy te poursuit", j'appelle le petit dernier:

"Freddy te demande: Alors ce deuxième, c'est pour quand?"

Si vous avez un enfant en bas âge, vous avez très certainement déjà entendu cette phrase - ô combien déprimante. A peine sorti du ventre, on vous bassine déjà avec la suite des réjouissances. Parce qu'un seul enfant, c'est égoïste! Et il va s'ennuyer. Il vaut mieux enchaîner, comme avant que la pilule et le libre choix existent. A quoi bon de toute façon, puisque quoi de plus épanouissant que la maternité? 

Je n'ai rien contre les deuxièmes, les gens qui ont envie d'avoir des enfants rapprochés, ni contre les gens qui posent des questions (j'en pose moi-même passablement). Car on est toujours libre de répondre ou pas, ainsi que de faire quelques pirouettes pour échapper à un  indiscret interlocuteur.

Car il y a ce moment un peu fou - qui arrive généralement la nuit de Halloween - où, tout d'un coup, vous vous sentez persécuté par cette question récurrente. Vous gériez, mais voilà que vous glissez dans la paranoïa... Vous vous retournez d'un coup sec, haletant et méfiant. C'est sûr, on vous suit, on vous poursuit!

Dans votre cauchemar, une muraille de grandes courges, entourées d'un escadron de petites courges, est à vos trousses. Toutes la bouche grimaçante, la bave aux lèvres, les yeux en feu! Et vous avec votre unique petite courgette accrochée au bras, vous ne faites pas le poids!! Vous priez pour vous réveiller, mais vous trébuchez encore et encore dans des masses visqueuses de pépins orange aussi gluantes que du méconium.

"Alors ce deuxième? Tu n'aimes pas les enfants?"

Un frisson vous glace lorsque devant la pleine lune vous voyez d'un coup tous vos ancêtres se lever de la tombe comme un seul homme, vous regarder droit dans les yeux de leurs orbites béantes, et pointer une phalange osseuse  sur votre bosse ventrale (c'est du gras, si jamais):

"Ça te fait quel âge déjà? Ce deuxième, c'est pour quand?"

Et vous courez, glissez, en vous bouchant les oreilles. Dans un nuage diabolique surgit devant vous la petite dame du bus que vous ne connaissez ni d'Eve ni d'Adam, mais qui exige de savoir, voletant sans relâche autour de vous avec ses ailes de chauve-souris: 

"Alors ce deuxième, il est en route?"

Car il existe déjà ce(tte) petit(e) deuxième, imaginé, conçu par toute une société. L'inconscient collectif a un plan tout à fait bien établi pour ce que doit faire votre petite personne. D'ailleurs, en ce 31 octobre,  on va vous l'implanter directement dans le ventre lors d'une cérémonie expiatoire. Vilaine, vous avez voulu vous débiner? Attendre? Tromper la loi tacite qui fait de la femme une procréatrice avant tout, et de l'enfant unique un damné pourri-gâté? Tremblez, les entrailles de la terre vont s'ouvrir pour punir à jamais tant d'infécondité.

Mais résistez! Armez-vous de plaquettes de pilules, préservatifs et autres stérilets et remontez à la surface. N'ouvrez à personne, surtout pas à de malins enfants. Et sauvez ce qui vous reste de sérénité, grâce à mes imparables conseils.  

Pirouettes en libre utilisation, à usage de monopares excédés:

  • Déménagez dans un appartement plus petit / Achetez une voiture de sport

    "On a bien un enfant, mais vu qu'il va partir dans quelques années, autant prévoir"
     
  • Mentir

    Je conseille déconseille vivement cette solution, sauf en cas d'urgence absolue. Car il faut toujours éviter de choquer en racontant des salades transgressives.

    "Mes ovaires sont tombés dans un champ de bosses pendant que je faisais du ski et je ne les ai pas retrouvés. Mais j'irai de nouveau chercher au printemps, quand la neige aura fondu."

    "Cela fait 4 ans qu'on essaie, mais je crois bien qu'on est stériles."(D'ailleurs cela peut être tout à fait vrai. Les indiscrétions quand au système reproducteur d'autrui peuvent beaucoup blesser.)

    "En fait, je vis avec une personne du même sexe " (même si ce n'est plus une excuse valable de nos jours)

    "Je suis PDG de Google et je n'ai pas le temps. Mais je regrette de passer à côté de la beauté et de la simplicité de la vie, tout cet argent ne pourra jamais me consoler." (On sait bien que ce n'est pas vrai, mais faites comme si!)
     
  • Plutôt que vous taire, manifestez votre désaccord en douceur

    Placez-vous devant un miroir, maquillez-vous en Jack l'éventreur (ne lésinez pas sur l'hémoglobine) et répétez de façon gutturale avec un regard fou: "Non! Je n'ai pas de chien, euh, d'enfant, et c'est mon chooooooiiiiiix! Rrrrraaaaaaaaah" Filmez-vous et postez sur vos comptes sociaux en pleine nuit #jepetelesplombs #nokidsbutcondoms #happyhalloween.
     
  • Aimez-vous comme vous êtes.

    En théorie, Different is beautiful, tout le monde est d'accord là-dessus, surtout quand il s'agit de faire bonne impression en société. "Oh oui, alors, chacun est libre de faire ce qui lui convient. (Merci pour l'autorisation d'ailleurs.) Mais, entre nous, vous ne trouvez pas laid les femmes de 40 ans qui poussent un landau?" Sic. Je vous assure l'avoir entendu en personne.

    Oui, balayez vos illusions de monde de bisounours. Certains personnes continueront à espérer qu'un jour vous vous conformerez à leurs désirs inconscients - parce que de faire tous pareil peut être très rassurant. 

    Mais bon, si vous attendez que le monde entier vous tapote sur l'épaule pour vous dire que vous avez tout juste, vous pouvez attendre longtemps.  A un certain moment, vous avez la marge de manoeuvre que vous vous donnez! 

    Alors mieux vaut la jouer finaud, et vou auto-approuver. Plus simple, plus rapide, pas cher. Alors répétons ensemble: 

"Nullipare, monopare, multipare* et même célibataire** pour toujours,
C'est peut-être le cauchemar des autres,
Mais pas le nôtre!"

 

* Nullipare=femme qui n'a jamais enfanté, monopare=femme qui a enfanté une fois, multipare=femme qui a enfanté plus d'une fois. L'équivalent masculin n'existe pas (je dis ça, je dis rien). 
** Toute ma compassion va également vers les familles de trois enfants et plus, et qui entendent si souvent "Ça va, ce n'est pas trop dur?" ainsi qu'aux femmes dans la trentaine, qui ne sont pas en couples - volontairement ou non - , n'ont pas d'enfants - volontairement ou non - et qui récoltent moult commentaires.

 

 

 

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À propos

Yannick On The Rocks

Blogueuse décalée et dévouée aux "Parents mais pas seulement".
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